Ce week-end, j’ai eu une discussion avec une personne de la communauté sur le fait que LinkedIn est noyé sous un flot continu de postes SEO d’une qualité qu’on qualifierait de « plutôt très très moyenne » (pour être poli).

Et le fruit de cette conversation a levé 2 questions auxquelles je vais essayer de répondre, ou tout du moins de donner une explication (même si ça risque d’être incomplet) :
Est-ce que les plus jeunes polluent la plateforme et surtout pourquoi est-ce que la communauté SEO LinkedIn nous inonde de post insipide (au mieux) voire même carrément moisi.
Qui poste le plus
Déjà, avant de juger la qualité, faut savoir qui est au micro. Parce que ça explique déjà 50% du délire. Et pour ce faire on va se baser sur le classement des « Experts SEO France » (avec de gros guillemets) de favikon.
NDLR – J’ai pris le top 20 parce que c’est public mais on pourrait élargir au top 100 si on veut je ne pense pas que ça changerait grand-chose quand aux profiles de gens qui postent.

Premier constat important, la quasi-totalité sont des « Freelances », ou des fondateurs d’agence avec au milieu la nouvelle égérie de Waalaxy qui a repris le flambeau d’A. Bart. Ce sont des gens qui postent beaucoup parce qu’ils doivent aller chercher le cacheton!
Et sinon est-ce que ce sont les plus jeunes qui polluent la plateforme ? Dans le top 20 Favikon on peut noter 3 générations grosso modo :
- La nouvelle vague (≈ 5 à 10 ans d’expérience – 50%)
- Consultants installés (≈ 10 à 15 ans d’expérience – 30%)
- La génération historique (15 à 20+ ans d’expérience – 20%)
En se basant sur ces données, on ne peut pas « vraiment dire » que ce soient uniquement les « plus jeunes » qui polluent la plateforme. On peut tout de même dire que ce sont « plutôt les jeunes », surtout qu’ils postent beaucoup / souvent.
Pourquoi la génération historique ne poste pas / moins
Alors je vais tenter de donner des explications mais ça sera à prendre avec une pincée de sel hein. Quand je reprends les noms du classement Wikio de 2011 – ma foi pas mal d’entre eux comme : « Sylvain Richard », « Paul Sanches », « Alexandre Santoni » blogueurs SEO très actifs à l’époque ont disparu. Mais pourquoi :
- Beaucoup sont passés à autre chose
Sans dire qu’ils ont forcément fait le tour de la question, nombre de piliers de la communauté SEO communicante du début des années 2000 ne postent tout simplement plus à propos du SEO – @512banque par exemple se focusse sur l’IA plutôt, @ramenos sur les jeux vidéo, Olivier Andrieux a revendu Abondance et fait de la BD.
- Ils ont autre chose à foutre / n’ont pas envie de se répéter ?
@axenet, pendant des années il a posté 1 article de qualité tous les dimanches. Il ne poste plus depuis 2022. Idem @keeg. Idem pour Paul . J’ai dans l’idée que bon, ils en ont un peu fini avec l’idée de faire de l’évangélisation SEO et qu’ils ont probablement mieux à faire.
- Différents codes / différentes plateformes / différents formats
Les anciens comme moi, on est habitué à bloguer, aux articles plus long format, souvent (pas tout le temps) plus complets / poussés. Et surtout pour la plupart d’entre nous sur nos blogs et promus via social. Les habitudes ont la vie dure.
Alors il y a toujours quelques anciens qui postent, je prendrai par exemple @Olivier de Segonzac. Mais on notera qu’ils font moins de quantité, et plus de qualité
- Ils ont moins besoin de prospecter
Alors c’est une hypothèse totale mais honnête, un mec comme Paul Sanches, c’est les gens qui vont le chercher, il n’a pas besoin d’aller michetonner sur LinkedIn pour trouver des clients. Dans l’absolu même si ça doit être vachement moins vrai que ce que je crois – j’ai dans l’idée que les SEO « historiques » ont un réseau professionnel mieux établi et qu’ils n’ont pas besoin de faire la gagneuse sur les plateformes pour aller chercher du client.
Pourquoi la qualité des postes est basse
La raison pour laquelle les anciens comme moi pensent que la qualité des postes est faible est systémique.
L’avènement des CMS a profondément changé le panorama web et unifié les problématiques SEO techniques. La plupart (🥃!!) des Djeun’s qui postent sont des freelances, ils chassent de la PME, Ils / elles n’ont probablement jamais bossé sur autre chose que WordPress, Magento, Shopify, Wix, ou Squarespace
Tous les jeunes et les « petits inde » n’ont jamais connu la diversité technologique qu’on a connue nous, au début des années 2000, avec des sites en Lotus Domino, Flash, Ajax, Pur PHP ou ASP, et la nuée de CMS exotiques qui pour finir n’ont jamais pris.
Que celui qui a taffer sur un site développé sur « Elastic Path » leve la main?
De la même manière peu d’entre eux ont dû se manger un combo CMS / NDS natif comme celui sur lequel je travaille (ou j’ai travaillé). Chez Clearly on avait un e-commerce « semi-natif » parce qu’on avait tellement revampé le CMS d’origine que les mecs ne voulaient plus nous apporter de support. C’était des projets de pur player online qui génèrent $250M de CA/an, pas des projets PME. La majorité des mecs/meufs du classement Favikon, je les colle dans mon siège, ils font une syncope.
Idem pour les outils, je vois plein de postes qui poussent ChatSEO comme si c’était le Saint Graal (NDLR : C’pas rassurant quant au niveau général desdites personnes). Mais c’est parce qu’ils n’ont jamais vu la puissance d’un outil corporate comme Brightedge ou Conductor.
Brighedtdge Datacube, je colle mon URL dedans – Boom – 2 minutes plus tard j’ai tous ses rankings sur le panel de termes les plus recherchés du web et l’évolution de ces rankings sur les 24 derniers mois… Mais oui par contre c’est un tool corpo… il faut mettre un billet derrière.
Leurs postes sont fades parce que les sujets dont ils parlent ont déjà été couverts 1000 fois, un WordPress reste un WordPress et il n’existe pas dix mille façons différentes de l’optimiser.
Si derrière vous ajoutez le fait qu’un post sur 2 maintenant est généré par l’IA, et que vous ajoutez le côté « branding » + « 36 15 ma vie » + « mindset attitude » : En avant les bugnes vous avez le combo gagnant LinkedIn.
Les plateformes sociales ne récompensent pas la qualité
Les plateformes sociales (pas que LinkedIn, toutes les plateformes) ne récompensent pas la qualité des postes, elles récompensent « l’engagement ». Du coup comme m’a dit une autre personnes de la communauté un jour en commentaire de mon article sur Le debunk des aneries sur LinkedIn:
« Sur LinkedIn, tu n’as AUCUN intérêt à faire du contenu de qualité.
J’ai fait différents tests et ce qui fonctionne est exactement la même recette que pour TF1 dans les années 90 »
En voulant maximiser le temps de passage sur la plateforme, le réseau récompense mécaniquement le contenu qui demande le moins d’effort de réflexion possible.
- Le syndrome « TF1 années 90 » : Pour ratisser large, il faut viser le plus petit commun dénominateur. Le divertissement visuel (photos aguicheuses ou imagerie IA léchée) arrête le défilement (scroll), tandis que le texte simpliste permet à chacun de se sentir intelligent en donnant son avis.
- Le storytelling (MYLIFE) : Une histoire de vulnérabilité ou de « success story » hollywoodienne génère une dopamine immédiate.
- Le règne de la bienveillance toxique : La positivité exacerbée oblige à la réaction facile. C’est l’effet « c’est super inspirant, merci pour ce partage », qui est le nouveau « Coucou maman » des années 2020.
C’est comme ca qu’on arrive à retrouver des gens qui nous parlent d’a quel point c’est une achèvement de ne pas se chier dessus en publique pendant son Jogging 236 likes – 96 commentaires – 7 reposts. La messe est dite.
Conclusion (ou pas vraiment)
Donc non : Ce ne sont pas justes “les jeunes qui polluent LinkedIn” même s’ils sont surreprésentés dans le volume de publications moisies.
C’est :
- Un changement de génération, de codes, de formats
- Une standardisation du SEO
- Un système qui récompense la facilité cognitive
Et forcément, quand tu mélanges tout ça… tu obtiens le LinkedIn SEO actuel. Alors perso, je trouve que c’est profondément navrant et j’espère qu’une frange de la commu SEO linkedin va relever le niveau. Mais d’un autre côté, le post linkedin Fast-Food, ma foi, ça marche… Les mecs / meufs obtiennent du reach, c’est facile, ils choppent leur Ego boost… Alors pourquoi ils iraient se casser le fion?
Et vous, qu’est-ce que vous en pensez ? Vous vous sentez comment vis-à-vis du lot continu de médiocrité sur LinkedIn ?

Ce qui est rassurant c’est que dans d’autres secteurs il y’a encore beaucoup de posts intéressants techniques et humain quand cela apporte quelque chose
En suivant des nouveaux profils liés à la criminalité ou à l’osint ma tirelire a radicalement changé et c’est redevenu intéressant d’aller sur LinkedIn 🙂
Oui je pense que c’est un phénomène très SEO / Marketing… dès qu’on se balade dans des trucs un peu plus cadrés on trouve moins de bullshit.
n’est ce pas aussi culturel ?
Je veux dire par là que j’ai l’impression qu’outre Manche par exemple il y a quand même une tripoté de SEO qui postent de très bonnes choses, techniques, vulgarisatrices et tout et obtiennent de bons retours en terme d’engagement. (Daniel Foley Carter en exemple). Après ce sont peut-être les quelques arbres qui cachent une immensité de dauberie comme chez nous
beaucoup de postes FR de ceux qui postent le plus de bouzes sont des resucées de post EN
Toujours la, mais trop occupé à partager sur les réseaux 🙂